Notes de lecture

Quoi de nouveau? Montaigne !

Quoi de nouveau? Montaigne, comme on l’a dit à propos de Molière. Notre périgourdin ne cesse d’attirer. Avant de parler du livre nouveau et original sur le sujet,
rappelons l’étonnant «Comment vivre? une vie de Montaigne en une question et vingt réponses» de Sarah Bakewell, paru il y a quelques années et qui a fait un tabac en Angleterre et aux USA. Ainsi, un philosophe du lointain et sombre XVIème siècle peut donner des leçons de vie à nos contemporains dont la préoccupation principale n’est certes pas d’«apprendre à mourir».
Vient donc de paraître aux éditions De Borée (Vents d’histoire) un gros volume intitulé: «Le chevalier du soleil: une aventure de Monsieur de Montaigne. Roman». Oui, un roman! L’austère Montaigne peut-il être considéré comme un personnage romanesque? La réponse est oui. Le Sarladais Jean-Luc Aubarbier, romancier et historien, fait revivre notre grand homme, petit, un peu rond, bien de chez nous, avec son côté rabelaisien, coureur de jupon, amoureux de la vie mais tout autant administrateur et diplomate qui conscient des malheurs de son temps, les désolantes et terribles guerres de religion, tente de les apaiser.
Le «catholique» Montaigne et le «protestant» Henri de Navarre, futur Henri IV, sympathisent à Nérac, cour digne des Médicis, où se croisent la sulfureuse Reine
Margot, des poètes, des comploteurs, des alchimistes et quelques esprits courageux espérant faire prévaloir la tolérance.
Ces derniers – les chevaliers du soleil – se réunissent en grand secret: parmi eux, Montaigne qui va partir pour l’Italie convaincre le Pape de faire la paix…
Le même homme, déjà chenu, va encore tomber amoureux de la jeune et jolie, Marie de Gournay qui perpétuera les Essais après la mort de l’écrivain.
Cette vie romancée est préfacée par l’universitaire bien connue Anne-Marie Cocula qui, tout en jugeant l’entreprise téméraire, reconnaît une judicieuse approche des Essais.

Bertrand Jardel

Jean Pierre Boissavit recommande l’ouvrage de Robert Toulemon ” Carnets d’Europe, souvenirs européens 1950-2005″ Editeur: Presse Fédéraliste, Maison de l’Europe, 13 rue de l’arbre sec, 69000 Lyon.

GARIN LE BATISSEUR AU XIIème siècle
par Aude de Commarque et Alain Armagnac Editions Périgord Culture

Comme beaucoup d’entre vous, j’étais cet été à la visite du château de Commarque qui marquera dans les annales de la Truffe. C’était une vieille connaissance pour moi puisqu’il y a plus de 70 ans j’avais escaladé avec mon grand-père ces ruines émouvantes disparaissant dans les broussailles à l’occasion d’une mémorable pêche aux écrevisses dans la Beune. Et j’ai retrouvé comme vous ces ruines toujours surmontées de leur glorieux donjon mais arrachées à la broussaille, mises à jour, restaurées et superbement commentées par l’auteur de cette résurrection Hubert de Commarque et sa fille Aude.
J’en viens au livre que j’ai acheté ce jour là, quelques soixante pages mais pleines de données historiques et spirituelles.  Il est intitulé « Garin le Bâtisseur au XIIème siècle » et ses auteurs sont Aude de  Commarque et Alain Armagnac.
Chacun sait que notre vieux Sarlat a pour origine l’implantation vers le Vème siècle d’une abbaye que dota Clovis ! puis Pépin le Bref sans parler de la visite qu’aurait faite Charlemagne au retour de Roncevaux. Quelques siècles, après au XIIème, l’abbé du monastère bénédictin est Garin de Commarque. C’est un bâtisseur. On lui doit un monument au chevet de la Cathédrale, la lanterne des morts, aussi énigmatique que visitée. Il va aussi construire au nord de la zone d’influence de l’abbaye une tour fortifiée qui donnera naissance au castrum féodal, objet de notre visite si bien expliqué par nos hôtes*.  Le livre donne des éclaircissements précieux sur la finalité spirituelle de la lanterne des morts, matérialisée par son architecture originale et mystérieuse. Lisez « Garin le Bâtisseur », l’histoire du douzième abbé du monastère et grand ascendant de la famille de Commarque, pour découvrir les riches aspects d’une histoire millénaire.

*sans oublier que l’épaulement rocheux sur lequel est bâti Commarque est un habitat préhistorique dont on pourrait dire comme Napoléon « du haut de ce donjon, quatre cents siècles vous contemplent »

LA SOIE DU SANGLIER
DE EMMANUELLE DELACOMPTÉE (JC LATTÈS)

Le Périgord a une littérature contemporaine vivante. En voici un exemple de qualité avec le roman publié chez JC Lattés de l’universitaire Emmanuelle Delacomptée, trentenaire et installée depuis quelques années en Périgord : «  La soie du sanglier ». Ecrit dans un style élégant et sensible, celui-ci raconte l’histoire de deux êtres que tout sépare, le milieu social, l’âge, la culture, l’éducation et que va rapprocher l’amour d’ « une terre ». Au fond de son Périgord noir, Bernard, la cinquantaine, vit un peu comme un homme des bois. Orphelin de mère et jugé immature par son père, un agriculteur qui a du bien, il habite une masure, fume, boit et chasse. Abandonné par sa compagne, il n‘est guère compris par ses copains du village. Marie, bourgeoise éduquée et plus âgée de 25 ans, va lui apporter une compréhension de son attachement à la nature en partageant celui-ci. Elle va découvrir que le sauvage sanglier a aussi de la soie dans son pelage. Le livre est tendre et sans mièvrerie.

Fille de Jean-Michel Delacomptée, spécialiste de Montaigne, la romancière a écrit en 2014 un essai « Molière à la campagne ».

BERTRAND JARDEL